Relire André Gide
2009 March 31
“Me voici tout contraint par mon passé. Pas un geste, aujourd’hui, que ce que j’étais hier ne détermine. Mais celui que je suis en cet instant, subit, fugace, irremplaçable, échappe…
Ah ! pouvoir échapper à moi-même ! Je bondirais par-dessus la contrainte où le respect de moi-même m’a soumis. Ma narine est ouverte aux vents. Ah ! Lever l’ancre, et pour la plus téméraire aventure… Et que cela ne tirât point à conséquence pour demain.
Mon esprit s’achoppe à ce mot : conséquence. La conséquence de nos actes; la conséquence avec moi-même. N’attendrai-je plus de moi qu’une suite ? Conséquence; compromissions; cheminement tracé par avance. Je veux ne plus marcher, mais bondir; d’un coup de jarret repousser, renier mon passé; n’avoir plus à tenir de promesses : j’en ai trop fait ! Avenir, que je t’aimerais infidèle !
Quel vent de mer ou de montagne emportera ton essor, ma pensée ? Oiseau bleu, frémissant et battant de l’aile, tu restes sur cette extrême roche escarpée; aussi loin que peut te porter le présent, tu t’avances, et de tout ton regard déjà tu t’élances, tu t’évades dans l’avenir.
Ô inquiétudes nouvelles ! Questions pas encore posées !… Mon tourment d’hier m’a lassé; j’en ai surépuisé l’amertume; je n’y crois plus; et je me penche sur le gouffre avenir sans vertige. Vents de l’abîme, emportez-moi !“
Ah ! pouvoir échapper à moi-même ! Je bondirais par-dessus la contrainte où le respect de moi-même m’a soumis. Ma narine est ouverte aux vents. Ah ! Lever l’ancre, et pour la plus téméraire aventure… Et que cela ne tirât point à conséquence pour demain.
Mon esprit s’achoppe à ce mot : conséquence. La conséquence de nos actes; la conséquence avec moi-même. N’attendrai-je plus de moi qu’une suite ? Conséquence; compromissions; cheminement tracé par avance. Je veux ne plus marcher, mais bondir; d’un coup de jarret repousser, renier mon passé; n’avoir plus à tenir de promesses : j’en ai trop fait ! Avenir, que je t’aimerais infidèle !
Quel vent de mer ou de montagne emportera ton essor, ma pensée ? Oiseau bleu, frémissant et battant de l’aile, tu restes sur cette extrême roche escarpée; aussi loin que peut te porter le présent, tu t’avances, et de tout ton regard déjà tu t’élances, tu t’évades dans l’avenir.
Ô inquiétudes nouvelles ! Questions pas encore posées !… Mon tourment d’hier m’a lassé; j’en ai surépuisé l’amertume; je n’y crois plus; et je me penche sur le gouffre avenir sans vertige. Vents de l’abîme, emportez-moi !“
(André Gide, Les Nouvelles Nourritures, 1935)
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