Samedi, May 31, 2008

Suicide, d'Edouard Levé (ou "ces articles qui vous font acheter des livres")


Pas la première fois qu'un Article de TELERAMA me fait acheter un livre. Le dernier qui m'a convaincu illico concernait "Un Roman Russe" d'Emmanuel Carrère. Je ne me souviens pas de l'auteur et pourtant, je l'en remercie encore. Moi qui n'avait vraiment aimé que les auteurs classiques (et morts), j'avais enfin trouvé une oeuvre de littérature chez un écrivain contemporain.

Je suis donc allée dans ma librairie préférée (MillePages, à Vincennes, où l'on peut encore parler avec des gens qui sont des libraires et non des vendeurs), pour m'apercevoir que je faisais partie d'une sorte de communauté.
- Vous avez lu l'article de Télérama ?  m'a demandé le type à la caisse.
Ce n'était pas tellement une question, plutôt une affirmation.
- Oui ! Vous aussi ?
Nous avons échangé un regard de bonne intelligence. C'était évident. Nous avons souri.

Le livre est peut-être mauvais qui sait, l'aventure m'est déjà arrivée (voir mon billet sur Tom est mort, de Marie Darrieussecq). 

Quoi qu'il advienne, cette histoire avant l'histoire, je la range dans mon tiroir aux moments précieux.





Suicide
n'est pas un livre comme les autres. On le dit de beaucoup de livres, mais cette fois c'est justifié. D'ailleurs, est-ce encore un livre ? A la lecture des premiers mots résonne bien une voix d'écrivain. Mais qui vient d'outre-tombe. Le 15 octobre dernier, Edouard Levé s'est pendu, quelques jours après avoir remis son manuscrit à Paul Otchakovsky-Laurens, son éditeur. Un geste terrible, bouleversant, indissociable, qu'on le veuille ou non, de l'ouvrage lui-même, dont la mort volontaire est le centre. En mettant brutalement fin à ses jours, Levé a provoqué une sorte de fracture temporelle qui brouille la chronologie, l'avant, l'après, ce qui est antérieur, ce qui est posthume. Que son geste ait été prémédité ou non, nul ne le saura. Reste qu'il donne à son œuvre un caractère insensé, sans équivalent dans l'histoire de la littérature. Comme si Levé était parvenu à fusionner vie, écriture et art dans un geste esthétique absolu mais calme.

Célébrer la vie malgré tout, voilà en effet l'ambition paradoxale du livre. Dans Suicide, stèle curieusement sourde au pathos, le narrateur s'adresse à un ami suicidé une vingtaine d'années plus tôt. Le « tu » employé instaure une chaleur que la langue « blanche » et nette tempère aussitôt. On y retrouve ce monochrome en mots qui avait tant marqué dans Autoportrait (2005), ce catalogue raisonné d'assertions concises où l'auteur se décrivait sobrement sous toutes les coutures du quotidien. Cette fois, le narrateur sonde l'ami, ses humeurs, ses goûts, son détachement ou sa forte présence au monde. Au fil des pages, il apparaît de plus en plus clairement que cet ami est un alter ego, un miroir tendu. A travers cet ami disparu, Levé continue de parler de lui-même et, de fait, aussi de son... suicide. « Ton suicide rend plus intense la vie de ceux qui t'ont survécu. Si l'ennui les menace, ou si l'absurdité de leur vie jaillit au détour d'un miroir cruel, qu'ils se souviennent de toi, et la douleur d'exister leur semble préférable à l'inquiétude de ne plus être. Ce que tu ne vois plus, ils le regardent. Ce que tu n'entends plus, ils l'écoutent. [...] Tu es cette lumière noire mais intense qui, depuis ta nuit, éclaire à nouveau le jour qu'ils ne voyaient plus. »

Il y a bien de la souffrance dans ces pages, mais elle est mise à distance. Elle serait bien trop complaisante et sans doute trompeuse. « Ta vie fut moins triste que ton suicide ne le laisse penser », assure le narrateur. Si Levé enquête dans ce livre, ce n'est pas pour trouver des raisons au suicide, mais pour éclairer le mystère même de l'existence. Suicide est un cheminement autour d'un noyau dur, qui serait moins une vérité intime qu'une vérité universelle. Nul égotisme ici, c'est le tour de force magistral. Levé ne cesse de parler de lui comme d'un autre, cet inconnu, cet étranger inépuisable, ce gouffre sans fond.

« Ton suicide rend plus intense la vie de ceux
qui t'ont survécu. Si l'ennui les menace,
ou si l'absurdité de leur vie jaillit
au détour d'un miroir cruel, qu'ils se souviennent
de toi, et la douleur d'exister leur semble
préférable à l'inquiétude de ne plus être. »
 

On l'avait rencontré il y a trois ans, au moment de son Autoportrait. Des détails, après coup glaçants, nous reviennent, comme ce long mannequin qui trônait dans son atelier et dont Levé nous avait dit sur un ton bonhomme : « Il est moulé à ma taille, c'est pour faire un pendu. » On avait pris ces propos pour une excentricité. Car Levé n'avait rien d'une personne sinistre, au contraire. Il nous avait paru drôle, fin, affable, tout comme son travail, qui n'avait rien d'intimidant. C'est aussi ce qui faisait le prix de cet auteur, à l'origine plasticien : il était l'un des rares à suivre une voie assez conceptuelle et exigeante tout en parlant à tout le monde.

Après des études à l'Essec, il avait soudain bifurqué vers les arts plastiques. Et avait alors choisi la photographie comme moyen d'expression. Sa première pièce est une série autour d'inconnus portant le même nom que des artistes célèbres défunts. Contactés par téléphone, Fernand Léger, Henri Michaux, Eugène Delacroix viennent poser pour lui. La simple apposition du nom et des portraits produit aussitôt une impression de trouble identitaire.

Les autres sont-ils comme moi ?
Et moi, qui suis-je vraiment ? Vieilles hantises que Levé a mises totalement à plat, sans émotion, avec un regard froid mais très précis. Cette méthode, appliquée pareillement dans les livres et dans les photos, a produit des univers pleins d'une inquiétante étrangeté, des imaginaires proches du rêve. « La première œuvre d'art qu'on voit, ce sont nos rêves », nous avait confié Levé. Sa singularité est d'avoir créé des rêves impersonnels. Des mises en scène impassibles comme Fictions, cette série assez funèbre de photos en noir et blanc où des personnes accomplissent des rituels incongrus dont le sens nous échappe. Ou comme Pornographie, son travail photographique le plus fameux, où l'on voit des couples habillés mimer des scènes de film porno. Curieuses postures là aussi, entre danse grotesque et culte de l'entreprise libérale. Absurde et curieusement excitant. En recouvrant la chair, Levé la renforce.

L'obscénité n'était pas son fort.
Levé préférait épurer, aplanir, effacer  – il avait supprimé tous les noms propres et les dates dans des articles de presse pour composer un ready-made ouvert à toutes les fictions (Journal). Il dépassait la mode, le narcissisme ou le name-dropping, ce « jeu » qui consiste à glisser des noms de célébrités dans un texte, une discussion. Il était à la fois de son temps et décalé, d'une autre époque, plus classique, plus spirituelle – on peut trouver des traces de sacré dans son travail. Même Œuvres, catalogue incroyable de cinq cent trente-trois projets d'œuvres d'art (performances, peintures, installations, etc.), tient parfois du traité scientifique de la Renaissance, alors même que tout l'art contemporain y semble répertorié !

Levé est resté artiste dans ses livres. Mais avec Suicide, il est passé à autre chose, au récit qu'on ne lui connaissait pas, lui qui était plus attaché à une forme de poésie non poétique. On connaît pas mal d'écrivains expérimentateurs qui s'approchent de l'art conceptuel, mais l'inverse est moins vrai. Levé est devenu écrivain à part entière avec Suicide, livre promis à ne pas disparaître, livre trop perturbant pour être un jour caduc. Durer, voilà curieusement ce que Levé a réussi à faire, lui qui a toujours joué à cache-cache, avec le spectateur, avec le lecteur, avec lui-même, les trois se confondant souvent. Qui était-il au fond ? On ne le saura jamais, même si des milliers de signes étoilés nous guident. Levé a avancé sur un chemin qu'il n'a cessé d'obscurcir à mesure qu'il le clarifiait .

Jacques Morice

Télérama n° 3046 - 28 mai 2008
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Samedi, Février 16, 2008

Christine Orban - L'attente



Quatrième de couverture

Dans un bar, un homme regarde une femme. Ses yeux se promènent le long de ses jambes, qu'il caresse de bas en haut. Tous les soirs, elle reviendra l'attendre. Le récit sensuel et poignant d'une rencontre sublimée par l'attente, où Christine Orban, l'auteur du Collectionneur et de L'Ame soeur, met à nu avec une troublante intuition le désir féminin.

Passages choisis ...

"Suis-je encore vivante, s'il ne me voit pas ? Rien ne sert plus à rien, même de se réveiller le matin [...]"

"Quiconque n'a j'amais attendu ne peut imaginer ce que représente un corps tendu vers un autre. Un corps malade d'une maladie dont il ne veut pas guérir, un corps tout entier habité par lui, à l'endroit où se loge le désir. Un corps pantelant, ridicule. Un corps pour lui, de la racine des cheveux au bout des ongles alors qu'il n'est pas là"

"Lorsqu'il pris mon visage dans ses mains, une pensée prompte comme l'éclair vint à mon secours. Je devais me persuader que ce geste bénin m'avait seulement enrichie d'une expérience sans conséquences. Tout, en moi, en décida autrement. Quelques minutes suffirent pour que je me sente orpheline d'une main posée sur mon visage et d'un regard sur mes jambes. Je n'arrivais plus à admettre son absence [...] je restais là, hagarde, à attendre qu'il revienne."

"Je sais que tout bonheur tranquille est lâche. Il recule devant la puissance de la vie, la violence de l'amour ancrée dans notre chair. La folie est de laisser passer l'être qui redonne la vie, qui accélère les battements du coeur, qui réveille les sensations et les sentiments.
J'aurais préféré une soirée avec l'inconnu qu'une vie avec Laurent."

A la fin

Pas question de vous raconter la fin. Elle est dérisoire. A la mesure inverse de ces phrases qui ne sont que des phrases. A la mesure exacte de l'inutilité de broder dans le vide.
A l'arrivée, un livre bâti autour d'une poignée de ressentis, visiblement très intenses.
Mais qui ne suffisent pas à faire un livre.
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Mardi, Janvier 22, 2008

Les grands esprits se rencontrent ...


Radiohead à amsterdam. Photo : Michell Zappa (CC by-sa) http://flickr.com/photos/michellzappa/

Article de Hugo Cassavetti dans l'avant dernier Télérama, qui cite Thom Yorke :

"Savoir que Haruki Murakami est fan de Radiohead suffit à mon bonheur. Je suis si admiratif de ses livres, qui m'éclairent un peu plus sur le monde dans lequel je vis, que je n'en reviens pas qu'il trouve un intérêt à mes chansons. » Peut-être, tout simplement, parce que le grand écrivain japonais y trouve, à son tour, cette chose rare : un regard sensible, intelligent et non complaisant sur le monde moderne.

Haruki Murakami

Radiohead

Il y a parfois des connexions qui vous rendent tout simplement heureux ...

(et promis je vous fais bientôt un laïus sur cet auteur dont je viens de dévorer 4 bouquins d'affilée; merci MHF !!!)



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Vendredi, Décembre 14, 2007

Tom est mort - Marie Darrieussecq



Mot de l'éditeur :

" Voici dix ans que son fils est mort, il avait quatre ans et demi. Pour la première fois depuis ce jour quelques moments passent sans qu'elle pense à lui. Alors, pour empêcher l'oubli, ou pour l'accomplir, aussi bien, elle essaie d'écrire l'histoire de Tom, l'histoire de la mort de Tom, elle essaie de s'y retrouver. Tom qui est devenu mort, Tom à qui on ne pense plus qu'en sachant qu'il est mort. Elle raconte les premières heures, les premiers jours, et les heures et les jours d'avant pareillement, comme s'il fallait tout se remémorer, elle fouille sans relâche, elle veut décrire le plus précisément et le plus profondément possible, pas tant les circonstances de la mort de Tom que ce qui a précédé, que ce qui s'en est suivi, la souffrance, le passage par la folie, et le fantôme de son enfant. Le plus concrètement aussi parce que, c'est sûr, la vérité gît dans les détails. C'est la raison pour laquelle ce texte qui devrait être insoutenable et qui va si loin dans l'interrogation de la douleur est si convaincant, si proche. "


Ben non.

Les premières pages sont presque insoutenables en effet. On s’identifie. Je l’avoue, j’ai pleuré.

Très rapidement, on se rend compte que c’est " l’idée " qui est bouleversante, pas tellement le livre. On le lit quand même. A cause ou en dépit de cet espèce de suspens malsain : comment Tom est-il donc mort ? De page en page le malaise devient plus fort. Les feuilles, les phrases, les mots sont vides : le livre ne tient que pour cette seule cette attente sordide de la réponse. Délivrée au tout dernier instant. Et qui n’apporte rien non plus.

Apprendre qu’il ne s’agissait que d’une fiction n’est qu’une simple confirmation. On n’imagine personne avec cette histoire là instrumentaliser la mort d’un enfant et utiliser ce genre de technique finale pour tenir le client en haleine.

Ecrire c’est autre chose que cela.

Bien des semaines après avoir refermé ce torchon, la sensation de nausée demeure

Posted by isa92 at 07:40:40 | Permanent Link | Comments (2) |

Mardi, Octobre 23, 2007

Les Souffrances du Jeune Werther - GOETHE


Ouaip ! Parfaitement ! J'ai lu Goethe ! Bon, j'ai triché un peu. Je n'ai pas eu l'idée toute seule. C'est Laeti qui me l'a passé en fait. Parait que ce roman là, paru en 1774 (ça ne nous rajeunit pas !) marque le début de l'âge romantique, cinquante ans avant ses débuts . Arrrhhh, le rômantisme Allemandddddd. A vrai dire, ce qui est "drôle", c'est que le romantisme, finalement, ce n'est pas une question d'époque. Maintenant, c'est tout pareil qu'il y a 200 ans (et des poussières). Le héros va tomber pareil-amoureux, l'amour va être pareil-impossible (elle est promise à un autre), il va pareil-souffrir et cette souffrance là, je vous laisse juge, va être pareille-trop-horrible-mais-c'est-trop-beau. Bon, à la fin le mec y meurt. Là c'est marrant, j'ai eu du mal à y croire vraiment ... Comme quoi y'a plus génial, que Goethe je veux dire.

Morceaux choisis (que si tu ne ressens pas un minimum d'empathie alors tu n'es qu'un crétin insensible, parole de moi ! et psssst, au fait j'ai laissé les dates pour que tu vois les étapes de la cristallisation; je te gâte, lecteur - euhhh, y'a bien un lecteur là ?!-) :

26 juillet

Je me suis plus d’une fois déjà proposé de ne pas la voir si souvent. Mais qui pourrait tenir pareille résolution ! Tous les jours je succombe à la tentation et je me promets par tout ce que j’ai de sacré de rester le lendemain chez moi. Et quand le matin suivant arrive, je me trouve un nouveau motif irrésistible et, avant même d’y avoir pris garde, je suis chez elle. Ou bien elle m’a dit la veille au soir : " Vous viendrez bien demain ? " Comment, dès lors, rester loin ? – Ou bien elle m’a donné une commission et je trouve qu’il convient de lui porter moi-même la réponse ; ou bien encore la journée est par trop belle, […] et crac, m’y voilà.


8 aout

[…] en ce monde, il est très rare que l’on arrive à quelque chose avec un dilemme. […] Ou bien tu as l’espoir de conquérir Lotte, dis-tu, ou bien, tu ne l’as pas. Bon, dans le premier cas, pousse à la réalisation de ton désir, tâche de posséder l’objet de tes vœux ; dans l’autre, montre-toi un homme et efforce-toi de te libérer d’un sentiment malheureux , qui ne peut que consumer toutes tes forces.

Mais quand un malheureux se sent mourir peu à peu d’une maladie de langueur, que rien ne saurait enrayer, peux-tu exiger de lui que , d’un coup, il mette fin d’un seul coup à son tourment ? Et le mal qui consume ses forces ne lui ravit-il pas en même temps le courage de s’en libérer ? […]

Oui, Wilhem, il m’arrive par instants d’avoir un sursaut de courage et de vouloir secouer ma chaîne et dans ces instants là, si je savais où aller, je m’en irais.


18 aout

Etait-il donc fatal que ce qui fait la félicité de l’homme devint en retour la source de sa détresse ?

Le sentiment d’ardente plénitude que la nature vivante faisait naître en mon cœur, ce sentiment qui m’inondait de tant de volupté, qui transformait le monde autour de moi en un paradis, me devient maintenant un intolérable bourreau, un génie de la persécution qui me pourchasse en tout lieu.


19 oct.

Ah ! ce vide ! Ce vide épouvantable que je sens là, dans mon sein ! Souvent je me dis : si je pouvais, ne serait-ce qu’une fois, la serrer sur mon cœur, tout ce vide serait comblé.


27 oct.

J’ai tant de richesses et mon sentiment pour elle engloutit tout ; j’ai tant de richesses et sans elle tout n'est plus rien pour moi.


20 déc.
Oh ! Pourquoi vous fallut-il naître avec cette violence, cette passion indomptable et tenace pour tout ce qu''il vous arrive de saisir. Je vous en prie, continua-t-elle, en lui prenant la main, modérez-vous ! Votre esprit, votre savoir, vos talents vous offrent tant de joies diverses ! [...] ne sentez-vous pas que vous vous trompez, que vous êtes, vous-même, l'artisan de votre perte ? Pourquoi donc moi, Werther, moi qui appartient à un autre ? Pourquoi précisément moi ? Je le crains, je le crains, c'est uniquement l'impossibilité de me posséder qui rend votre désir si ardent.

21 déc.
Elle était donc seule [...] elle s'abandonna à ses pensées silencieuses. Elle se voyait maintenant unie pour toujours à l'homme dont elle connaissait l'amour et la fidélité, auquel elle avait donné son coeur et dont le caractère calme et sûr paraissait bien formé par le ciel pour qu'une honnête femme puisse fonder sur lui le bonheur de sa vie [...] D'un autre côté, Werther lui était devenu si cher, l'harmonie de leurs âmes s'était révélée si belle dès leur première rencontre, la longue durée de leurs relations et maintes situations vécues en commun avaient fait sur son coeur une impression ineffaçable. Oh ! Si elle avait pu dans cet instant le changer en frère, comme elle aurait été heureuse ! [...]
Toutes ces considérations lui firent d'abord sentir profondément qu'il y avait dans son coeur le désir secret de garder Werther pour elle et en même temps elle se disait qu'elle ne pouvait pas, qu'elle ne devait pas le conserver; son âme pure et belle, si légère d'habitude et si riche de ressources, sentait le poids d'une mélancolie devant laquelle ne s'ouvre aucune perspective de bonheur. Son coeur était oppressé et un nuage sombre couvrait ses yeux. 

Le même jour, Wherther vient la visiter une dernière fois, se met à nu; elle le repousse par devoir.

Pardonne moi ! Pardonne moi !
Ah ! Je le savais que tu m'aimais. Je l'avais su dès ton premier regard, où s'exprimait ton âme, dès ton pemier serrement de mains, et pourtant, quand de nouveau j'étais éloigné de toi, quand je voyais Albert à ton côté, je retombais, découragé, dans le doute et dans la fièvre. [...]
Depuis cet instant-là tu es à moi, tu es mienne, ô Lotte ! Je te précède, je vais à mon Père [...] il me consolera jusqu'à ce que tu viennes; alors je volerai à ta rencontre et je te saisirai et je resterai auprès de toi, uni à toi dans un enlacement éternel.

Sitôt après, il fait chercher par son valet le pistolet du mari de Lotte, et se donne la mort. 

Posted by isa92 at 06:21:05 | Permanent Link | Comments (6) |

Jeudi, Août 23, 2007

« Un miracle en équilibre » - Lucia Etxebarria

Eva vient d’avoir une fille et décide de lui écrire une lettre. Pas question qu’elle soit une étrangère pour celle-ci comme elle découvre que sa mère l’était en fin de compte pour elle. Pas question non plus de prendre de gants et de raconter le politiquement correct des choses. La maternité, l’allaitement, la famille, le désamour de soi, l’alcoolisme, la mort d’une mère, la reconstruction sont ainsi passés à la moulinette sauce Extebarria. Avec beaucoup d’humour au départ, et puis, peu à peu, une gravité qui prend toute la place : celle d’une vie qui n’épargne personne.

Morceaux choisis :

"Par dessus le marché je voulais être punk, et une punk qui se piquait de ne pas ressembler à la fille du centerfold de Playboy, étant donné que la nature, pour comble de malheur, m'avait faite blonde. [...]. Et dans l’inconscient collectif, une blonde avec de la poitrine ne peut être qu’une idiote finie. […] je me figurais que si j'étais née plate, svelte et brune comme soeur Laureta, j'aurais pu plaire à des intellectuels, à des artistes, à des hommes moins attirés par ce qui est montré que par ce qui est suggéré, à des êtres raffinés au lieu d'être condamnée à me taper le genre de rustres qui s'intéressaient à moi. [...] Première loi de la Rustrodynamique d'Eva Agullo : la taille des seins est inversement proportionnelle au quotient intellectuel des hommes que l'on attire grâce à eux."

" Car enfin qu’est-ce que l’amour, sinon une invention ? Non, je ne parle pas de l’amour que je ressens pour toi, ni de celui que je ressens pour ma mère, c’est à dire ce sentiment qui se construit peu à peu, qui est contradictoire mais stable car il repose sur un ciment très solide, mais de celui qui provoque vertiges, euphorie, perte d’appétit, ainsi que le besoin vital de quelqu’un d’autre, un sentiment comme celui par exemple, que j’avais ressenti pour le CMN et qui était, même sur le moment, une illusion, un produit de la chimie du cerveau, de l’ocytocine et de ma propre imagination [...] qui avait projeté comme sur un écran blanc toute mes carences, mes frustrations et mes besoins, et appliqué une sorte de vernis sur l’objet de mes illusions [...] Je n’étais pas amoureuse de ce fameux musicien noir, seulement subjuguée, transportée, trompée, trompée aussi par moi-même, attirée par le fait que le monde l’aimait, que des milliers de gens achetaient ses disques, que des portiers des clubs chocs le reconnaissaient. Je supposais, dans un coin de ma tête, que sa séduction serait contagieuse, que tant que je serais à ses côtés, j’obtiendrais sans effort l’approbation des autres, par osmose, par simple contact. [...] j’aimais les musiciens pour ce qu’ils représentaient : l’énergie, le mouvement, l’exaltation, et je croyais que toutes mes chances de bonheur résidaient dans ces qualités qui contenaient une promesse de changement. Et à l’époque, je n’aurais même pas remarqué quelqu’un comme ton père qui incarnait leur exact contraire : la tranquillité, le calme, la paix … l’immobilité. "

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Lundi, Août 20, 2007

Les dames de nage - Bernard Giraudeau

 

Comme souvent, j'ai mis du temps avant de baisser les armes. Car enfin, je n'allais tout de même pas lire le roman d'un acteur ! Et puis le temps s'en est mêlé, et l'accumulation discrète de bons articles m'ont fait fléchir.

Et comme souvent aussi dans ces cas là, ce qui met le plus de temps à forcer ma porte est aussi ce qui m'habite ensuite le plus sûrement.

Bien sûr il n'y a pas vraiment d'histoire; de suspens, encore moins. C'est plutôt une succession de voyages, de couleurs, d'odeurs, de ressentis. De portraits aussi, comme celui, magnifique, du gracieux Marc devenu Marcia.

Bien sûr on peine parfois à la lecture. Et pourtant. Il y a une écriture. Une vraie écriture. Bernard Giraudeau, en plus de son humanité, a ce talent là. Sa plume est belle, à la fois touchante et grave, et sa poésie rayonne à toutes les pages :

"Michel avait-il eu, un instant seulement, cette plénitude que je ressentais près de Jo, devant cette apparente éternité de la terre et des eaux, avec cette jouissance d'être, seulement être, cette sérénité après laquelle on pourrait mourir sans aucune crainte".

J'aurais voulu être l'auteur de ce genre de phrase...

Posted by isa92 at 20:12:26 | Permanent Link | Comments (2) |

Jeudi, Juin 14, 2007

Séance de dédicaces

 

Il y a des talents chez les THY fans. Liza Bardin est écrivain, et elle vous convie :

DEDICACES DU SAMEDI 23 JUIN 2007 A PARTIR DE 15 H
LIBRAIR'ILES
26 rue Jean Aymard
05000 GAP

http://www.sunsitemag.com/communique/liste.php?id=8361

Si vous y allez faites lui un bisou de ma part !

 

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Jeudi, May 31, 2007

Ma Nathalie publiée !!!!!

Je vous ai déjà parlé de mon amie Nathalie qui fait le tour du monde en bateau avec son cher et tendre sur  http://isatagada.blog.com/807218

La dernière fois que nous nous sommes vues, lors d'une rapide pause à Paris cet hiver, elle m'avait offert son manuscrit, qu'elle avait envoyé à plusieurs éditeurs.

Il y a quelques jours, j'ai appris par sa newsletter qu'il avait été publié, et hier soir, j'ai eu la belle surprise de le recevoir dans ma boite aux lettres, avec ses mots d'amitié.

J'ai commencé à feuilleter, et à comparer avec l'original. Bien sûr il y a des différences. Ca m'a fait rire parce que quand j'étais gamine et me voyais bien "écrivaine", j'avais une très haute idée ce qu'était l'écriture. La mienne en particulier ! Et je me souviens, dans un accès de naïveté grandiloquente, avoir écrit dans un journal intime, vers l'âge de 15 ans, que le jour où je serai publiée l'on devrait me prendre toute entière et sans rien changer; que la plus anodine des plus petites virgules avait son importance, donnait du sens.

Je suis heureuse de découvrir que j'ai un peu évolué sur la question. Et aussi de constater dans le cas du "briseur de chaines" que les retouches effectuées par l'éditeur de Nathalie, loin de défigurer le sens de son texte, lui font gagner en fluidité. Je conserve précieusement cet original rédigé avec coeur, témoignage d'une tendresse qui ne se dément pas avec les années ...

"Le briseur de chaines", donc, est une fable poétique sur l'humain que nous sommes tous, son parcours, et l'apprentissage d'une certaine sagesse. Se défaire de ses liens les plus serrés sans rien rejeter pourtant, en douceur, et petit à petit, s'efforcer d'être soi, plus libre au fil du temps. Avec beaucoup d'amour, au final, faire la paix avec les autres et avec soi même. Pas si facile ... Mais si j'étais la maman de Nathalie je serai plus que fière ...

Voici ce que l'on trouve sur le site de la Fnac, où vous pouvez acheter ce livre en ligne  :

Un conteur raconte à un petit auditeur l’histoire de la vie. Dans le ventre de sa mère, il vit ses derniers instants en tant que petit dieu des lieux, au royaume du bonheur parfait. Un jour, il en est chassé, il lui faut chercher un autre monde. Il découvre celui des hommes, où de nombreuses aventures l’attendent.
A l’aide de son messager intérieur, il se détachera des routes tracées par les siens. Il rompra les chaînes qui l’entravent. Grâce aux outils que ses parents et ses enseignants lui ont façonnés, il entreprendra la construction de son propre chemin...
Par le biais de métaphores poétiques, des personnages drôles et attendrissants racontent comment, tout un chacun peut, avec tendresse, humour et amour, se défaire du poids de la dépendance. « Ce conte admet les complexités de la vie mais porte un message rempli d’espoir et de bienveillance. Il permettra aux enfants et aux parents d’appréhender leurs liens plus facilement et avec moins de culpabilité. »

Nathalie CATHALA est née en 1966. Après une courte carrière dans l’informatique à Paris, elle se lance, avec son mari sur les océans pour un tour du monde en voilier. L’océan et la plume sont à ses yeux les plus formidables véhicules de la liberté. Elle écrit de nombreux articles pour les revues nautiques. Elle partage également son expérience du voyage dans un site Internet : www.etoiledelune.net

http://www4.fnac.com/Shelf/article.aspx?PRID=1975876&OrderInSession=1&Mn=1&SID=92e8de70-d42d-e7cc-e001-83195eab773d&TTL=110520051341&Origin=FnacAff&Ra=-1&To=0&Nu=1&UID=019167090-c0e0-74e9-c47c-0474ffebc9ca&Fr=0

Nathalie est un vrai trésor, quelqu'un d'humainement rare. Ses réflexions pourront certainement vous apporter quelquechose ...

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Vendredi, Novembre 10, 2006

Dans ma foule

Peu importe en fait, le sujet du livre, le drame du Heysel, le côté "c'est de l'histoire, avec un grand "H". Il y a autre chose. Et cette chose c'est la petite histoire. La toute petite. Celle qui fait que pourtant, même si on n'est rien, cette toute petite, cette minuscule histoire qui est nôtre, son monde à soi, l'immensité de son monde à soi, et bien, c'est tout.

 

Posted by isa92 at 19:09:53 | Permanent Link | Comments (0) |
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